Carol K. Anthony et Hanna Moog
Carol K. Anthony, américaine, et Hanna Moog, allemande, ont toutes deux acquis une très riche expérience de la consultation du Yi King. Chacune apprit par elle-même à lire entre les lignes du Yi King traditionnel et à se laisser guider par ce que les métaphores faisaient résonner intérieurement.
Carol reçut de nombreux éclaircissements lors d’expériences de méditation, qu’elle décrivit dans ses premiers livres. Ces ouvrages traversèrent rapidement les frontières jusqu’en Allemagne, où ils furent traduits par Hanna, qui travaillait alors pour Diederichs Verlag, l’éditeur de Richard Wilhelm.
Les échanges fructueux nés de ce travail menèrent Carol et Hanna à poursuivre ensemble leurs recherches autour du Yi King. Stimulées par cette coopération, toutes deux découvrirent de nouveaux moyens d’explorer leur sagesse intérieure et accédèrent à une nouvelle compréhension des rouages de la vie : la « Voie du Cosmos ».
Le parcours de Carol K. Anthony
Carol Anthony (1930 – 2020), découvrit le Yi King en 1971 alors qu’elle traversait une période difficile de sa vie. Elle utilisait le livre de Richard Wilhelm, qui lui adressa de manière répétée l’hexagramme 52, L’immobilisation, La Montagne, dans lequel elle perçut une invitation à la méditation. N’ayant jamais appris à méditer, elle s’assit comme les Indiens d’Amérique, en tailleur, et ferma les yeux. Elle vit alors des images qui lui apportèrent des éclaircissements sur les tirages qu’elle venait d’effectuer. Il s’agissait essentiellement d’explications sur le fonctionnement de son psychisme et du Cosmos, qui lui permirent de mieux comprendre les situations qu’elle rencontrait. De manière évidente, il lui était montré comment l’ego – incarné par différents personnages – était à l’origine de ses problèmes. Ces expériences de méditation très puissantes et très convaincantes l’incitèrent à écouter cette voix intérieure plutôt que son intellect ou les conseils d’autrui, si avisés fussent-ils.
En méditation, Carol Anthony vit l’entité de sagesse qui s’exprime à travers le Yi King. Celle-ci se présenta comme étant « le Sage ». Cette force d’aide est présente à nos côtés pour nous guider sur notre chemin, pour répondre à nos questions et pour nous expliquer comment fonctionne le Cosmos. Ce n’est pas une autorité qui nous juge, qui nous récompenserait quand on agit « bien » ou nous punirait quand on agit « mal ». Ce n’est pas Dieu, ni un ange, ni une force supérieure. Il s’agit simplement d’une force d’aide qui est là pour nous.
Toujours en méditation, Carol Anthony découvrit le « Non intérieur ». Elle apprit à refuser ce qui était incorrect dans son psychisme ou dans le comportement des autres, un peu comme on fait le ménage : il s’agit de dire non intérieurement à ce qu’on ne veut pas garder en soi, car ne pas dire ce non revient à dire oui par défaut. Or, garder des choses incorrectes en soi ou bien les tolérer chez les autres est source de difficultés futures. Carol Anthony explique : « Si on nous dit ‘la lune est faite de fromage vert’, bien entendu on ne le croit pas, mais si on nous dit ‘la vie est souffrance’, on se dit ‘hmm… peut-être’, et alors la phrase pénètre dans le psychisme par défaut et notre vie devient effectivement une grande souffrance ».
En plus de la méditation, Carol Anthony fut aidée par l’ancienne méthode de consultation du Yi King, basée sur le système binaire yin/yang, ou oui/non. Elle eut l’idée de revenir à ce système pour obtenir des réponses positives ou négatives de la part du Sage. Alors qu’elle venait de faire un tirage qu’elle ne comprenait pas, quelqu’un l’appela au téléphone pour lui demander conseil. Or, le tirage correspondait exactement à la situation de cette personne. Après avoir raccroché, elle prit dix pièces, convint intérieurement que face signifiait oui et que pile signifiait non, et demanda à l’oracle « est-ce que le tirage était en fait pour cette personne ? ». Elle reçut neuf oui, ce qui la stupéfia. Elle comprit que la dixième pièce voulait dire « oui, mais il y a encore des choses que tu ne connais pas complètement ». Elle réutilisa ensuite cette méthode, mais avec trois pièces, et fut frappée par la pertinence et la cohérence des réponses reçues. Elle l’appela « méthode rétrospective des trois pièces », car elle l’utilisait après un tirage pour approfondir sa compréhension des métaphores du Yi King. Selon cette méthode, on convient que trois faces signifient « complètement oui », deux faces et une pile « plutôt oui », deux piles et une face « plutôt non » et trois piles « pas du tout » ou bien « hors sujet ».
Diplômée en création littéraire (creative writing) au Ward Belmont College et à l’université de l’Iowa, Carol Anthony eut envie de mettre par écrit ses expériences de méditation et les explications reçues du Sage. Une dizaine d’années plus tard, ces récits devinrent son premier livre, A Guide to the I Ching, vendu dans les pays anglo-saxons à plus de 150 000 exemplaires. Elle écrivit ensuite plusieurs autres livres sur la philosophie du Yi King (The Philosophy of the I Ching), sur ses expériences de méditation (The Other Way, Meditation Experiences Based on the I Ching), ainsi que sur l’aide qu’apporte le Yi King dans les relations, et plus particulièrement dans la relation amoureuse (Love, An Inner Connection, Based on Principles Drawn from the I Ching). Ces livres ont fait l’objet de traductions dans plusieurs langues, notamment en allemand, en espagnol, en français et en italien.
En 1998, Carol Anthony demanda à sa traductrice allemande, Hanna Moog, de bien vouloir l’aider à écrire une nouvelle version de son principal livre à l’époque, A Guide to the I Ching.
Le parcours de Hanna Moog
Hanna Moog, née en Allemagne (1946), découvrit le Yi King en 1982, alors qu’elle traversait une grave crise dans sa vie. Avec le livre de Richard Wilhelm dans son sac à dos, elle partit pour un voyage de quatre mois aux îles Canaries, dans l’espoir de retourner en Allemagne avec une idée plus précise de sa vocation. Elle découvrit rapidement que cette attente était un poids bien plus lourd que le sac à dos lui-même : elle se reprochait chaque jour de ne pas avoir encore découvert ce qu’elle ferait à son retour. Au bout de trois mois, un changement soudain s’opéra : la tension avait disparu ! Hanna s’en inquiéta tout d’abord : se marginalisait-elle de la société ? Cependant, en examinant ses sentiments, elle prit conscience que quelque chose était apparu, qui avait grandi au plus profond d’elle-même. Ce quelque chose était une confiance dans « l’inconnu », confiance qui s’était développée jour après jour, au fur et à mesure qu’elle se débrouillait seule en terre hispanique et qu’elle se sentait guidée par une entité qu’elle n’aurait su nommer, mais qui était assurément dotée d’une nature attentionnée et bienveillante. Elle avait consulté le Yi King quotidiennement, ne comprenant souvent qu’une partie de ce qu’il voulait dire, mais gardant toujours l’esprit ouvert pour permettre à des compréhensions plus profondes de se produire ultérieurement. C’est donc par l’expérience qu’Hanna découvrit le sens des hexagrammes.
Cette sincérité dans l’approche de l’oracle mena Hanna à écrire un article, Voyage avec le Yi King, en vue d’une publication dans une compilation intitulée Erfarungen mit dem I Ging (Expériences vécues avec le Yi King). Cet ouvrage était l’idée d’Ulf Diederichs, alors à la tête de Diederichs Verlag, maison d’édition qui, la première, édita la traduction de Richard Wilhelm, en 1924. Hanna participa ensuite à un film sur le Yi King, réalisé par la Télévision d’Allemagne de l’Ouest. Son dévouement pour le Yi King lui offrit alors toujours plus d’opportunités de témoigner, à l’oral ou à l’écrit, de son expérience de l’oracle. En 1985, Diederichs Verlag lui proposa de travailler comme rédactrice dans les domaines du Yi King, de la philosophie et des religions asiatiques, de la mythologie et des contes. Quatre ans plus tard, un rêve étonnant lui révéla avec une grande clarté que la vocation qu’elle recherchait avait trait au Yi King. Hanna comprit également que ce rêve l’encourageait à partager ce qu’elle avait appris. Cela marqua le début d’une longue période au cours de laquelle elle enseigna le Yi King, notamment lors de conférences et de séminaires en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Hanna réalisa également un reportage sur le Yi King pour la radio et écrivit deux livres sur le sujet : I Ging, Das Orakel- und Weisheitsbuch Chinas (Knaur, 1994), et Leben mit dem I Ging, Erfahrungen aus Kunst, Therapie, Beruf und Alltag (Diederichs, 1996).
En 1988, Hanna découvrit les deux premiers livres de Carol, A Guide to the I Ching et The Philosophy of the I Ching. Elle apprécia en particulier que Carol ait réussi, à partir de son expérience personnelle du Yi King, à interpréter les hexagrammes en termes psychologiques et à les exprimer dans une langue moderne. Elle convainquit Diederichs Verlag que les livres de Carol constituaient un apport essentiel à leur collection sur le Yi King, puis les traduisit en allemand. C’est grâce à ces ouvrages qu’elle prit conscience de l’existence d’un « Sage » qui, manifestement, parle à travers le Yi King, et qui était apparu plusieurs fois à Carol en méditation. Un seul point préoccupait Hanna : Carol désignait le Sage par « il ». A cette époque, Hanna explorait la mythologie matriarcale. A la recherche de ses racines féminines, elle pouvait difficilement accepter que la sagesse soit associée à une image masculine. Elle fit part de cette réflexion à Carol, laquelle lui répondit que si le Sage lui était toujours apparu sous une forme masculine, son mari l’avait plutôt perçu, en méditation également, sous une forme féminine. Ceci marqua le début d’une correspondance assidue entre Hanna et Carol, chacune menant l’autre vers de nouvelles découvertes. En 1998, la curiosité et l’ouverture d’esprit d’Hanna l’amenèrent à déménager aux Etats-Unis et à unir ses forces à celles de Carol.
