Une nouvelle approche : la Voie du Cosmos
Pour écrire une nouvelle version de A Guide to the Yi King, Carol Anthony et Hanna Moog choisirent de vérifier le sens de chaque hexagramme et de chaque trait en posant des questions très précises au Sage à l’aide de la méthode rétrospective des trois pièces. Les découvertes qu’elles firent ainsi ont été d’une telle ampleur que leur travail mena à un nouveau livre : Yi King, l’Oracle de la Voie du Cosmos.
Ces découvertes concernent le Yi King, le fonctionnement du Cosmos et le fonctionnement du psychisme. Les voici :
Le Yi King est un oracle, et non pas un texte gravé dans la pierre
Les auteures comprirent que le Yi King est avant tout un oracle, c’est-à-dire que nous pouvons établir une communication directe et personnelle avec le Sage afin de comprendre en nous ce qui est vrai pour nous. Elles comprirent que le Yi King n’est surtout pas un texte gravé dans la pierre qu’il faudrait suivre à la lettre et dont on pourrait suivre les conseils aveuglément, sans écouter à l’intérieur.
L’essence du Yi King a été recouverte d’une couche de valeurs féodales
En considérant le Yi King avant tout comme un oracle, les auteures purent prendre de la distance par rapport au texte canonique. C’est d’ailleurs ce qui rend leur approche si différente des autres. Elles comprirent que la version traditionnelle de Richard Wilhelm comportait des interprétations féodales datant de l’époque où le Yi King fut mis par écrit. Cette couche féodale est attribuée à l’école confucéenne, qui, on le sait aujourd’hui, ajouta au Yi King beaucoup de commentaires probablement destinés à renforcer l’ordre social établi. Ce sont des idées laissant entendre par exemple que l’être humain est au centre de l’univers, que l’homme est supérieur à la femme, que ce qui est ancestral est forcément vrai, etc.
Le Cosmos est harmonieux
Une fois la couche féodale identifiée et enlevée, les auteures virent que l’Ordre du Cosmos reflété par le Yi King est un système harmonieux dans lequel tout s’agence spontanément grâce à une force d’attraction naturelle – qui n’est autre que l’amour. Elles purent observer que grâce à cette force, tout s’ordonne par attraction mutuelle entre aspects complémentaires. Elles comprirent que le fait de recevoir un certain hexagramme est destiné à nous faire prendre conscience d’un principe d’harmonie particulier avec lequel nous ne sommes peut-être pas totalement en accord – ceci pouvant expliquer l’origine d’un problème existant ou à venir.
Le Cosmos est bienveillant
Lorsque nous sommes en accord avec les principes d’harmonie du Cosmos, nous activons des forces d’aide qui sont à notre disposition à chaque instant pour nous apporter tout ce dont nous avons besoin et pour nous assister dans chacune de nos entreprises. Quand, en revanche, nous enfreignons ces principes d’harmonie, nous nous retrouvons livrés à nous-mêmes. Dans les versions traditionnelles du Yi King, ces Aides sont décrites par « les auxiliaires », « les experts » ou encore « les amis ». Le Sage est une de ces Aides, mais il en existe beaucoup d’autres qui répondent à différentes fonctions et qui ne demandent qu’à être sollicitées pour nous épauler ou résoudre nos problèmes. Le fait est qu’elles y parviennent bien mieux que nous parce qu’elles possèdent une vision complète et des moyens subtils que nous n’avons pas.
Le Yi King est un guide de l’action intérieure
Pour retrouver l’harmonie du Cosmos et activer les Aides, les auteures comprirent qu’il ne suffit pas de développer des qualités extérieures comme le conseillent souvent les versions traditionnelles, qui encouragent à développer les vertus de « l’homme noble ». Ce concept de « l’homme noble » nous vient de Confucius, qui pensait que l’être humain devait réprimer sa nature inférieure tout en s’efforçant de développer des qualités supérieures. Les auteures découvrirent au contraire un Yi King très proche de la philosophie de Lao Tseu, selon lequel l’être humain est doté d’une nature parfaite et a simplement besoin de se libérer du conditionnement. Il ne s’agit pas d’accroître, mais de défaire et de défaire encore, écrit Lao Tseu dans le Tao Te King (Vers 48).
Le Yi King nous invite à renforcer notre vrai soi et à éliminer l’ego
Le vrai soi, c’est notre vraie nature, constituée des vertus cosmiques avec lesquelles nous naissons, ainsi que de nos sens extérieurs et intérieurs. Mais ces sens et vertus cosmiques sont dénigrés par l’ego jusqu’à être désactivés. C’est la raison pour laquelle, lorsque nous tirons le Yi King, le Sage nous amène souvent à reconnaître et à valider nos sentiments intérieurs, afin que nous reprenions peu à peu confiance dans notre vraie nature.
L’ego, c’est le programme mental qui s’est développé en nous à partir du conditionnement que nous avons subi, et qui, si nous le laissons faire, usurpe totalement notre vrai soi, ce qui a pour conséquence de nous priver de l’harmonie et de la bienveillance du Cosmos. Etant issu du conditionnement, l’ego repose sur le langage, sous la forme de fausses croyances. Or, les fausses croyances exercent un effet négatif, notamment sur notre corps et notre psychisme. A noter qu’il ne s’agit pas ici de l’ego au sens freudien (le moi). A noter également que Richard Wilhelm a employé le mot « ego » dans les hexagrammes 15, 17, 20 et 52, mais que le terme n’a pas été conservé dans la version française.
L’ego présente deux aspects : un aspect collectif et un aspect individuel. L’ego collectif désigne les fausses croyances sur la nature du Cosmos et sur la nature humaine. Il désigne également les institutions qui soutiennent ces fausses croyances. Il nous fait croire, d’un côté, que l’être humain est au centre de l’univers et qu’il est donc très spécial, et de l’autre côté, que l’être humain est imparfait et foncièrement mauvais. Il tire son énergie de l’ego individuel, lequel est constitué des images de nous-mêmes développées pour compenser notre soi-disant imperfection. Lorsque nous tirons le Yi King, le Sage nous guide pour nous faire prendre conscience des fausses croyances qui constituent l’ego, puis pour les « déprogrammer » – puisqu’il s’agit d’un programme. C’est là l’action intérieure à laquelle nous invite le Yi King.
La « méthode rétrospective des trois pièces » permet d’identifier les fausses croyances
Pour identifier ces phrases et images le plus précisément possible, telles qu’elles sont stockées dans notre psychisme, les auteures emploient la « méthode rétrospective des trois pièces » (Voir « Le parcours de Carol K. Anthony » / « Comment tirer le Yi King avec le livre Yi King, l’Oracle de la Voie du Cosmos »). L’on obtient ainsi des réponses affirmatives ou négatives à des questions très personnelles. L’on peut donc déterminer très précisément les éléments erronés qui les empêchent d’être en harmonie avec le Cosmos.
Le Non intérieur permet d’éliminer les fausses croyances
Une fois les phrases et les images identifiées avec la méthode des trois pièces, les auteures emploient le Non intérieur pour s’en libérer. Le Non intérieur n’est pas un Non énoncé timidement ou machinalement, mais un geste intérieur très ferme et catégorique par lequel on rejette quelque chose dont on ne veut pas. C’est un Non « non négociable ». On peut le dire à voix haute ou simplement intérieurement. On peut aussi ne pas le dire, mais le vivre par une attitude intérieure ou une prise de conscience très forte. On peut enfin visualiser l’élément incorrect détruit par l’eau ou le feu. Ce qui importe, c’est de dire non avec tout son être, et pas mentalement ni rituellement.
Grâce à ces découvertes, les auteures parvinrent à une nouvelle vision du Yi King et de la Voie du Cosmos, selon laquelle la raison d’être de l’oracle du Yi King est de nous guider pour accorder notre attitude intérieure avec l’harmonie du Cosmos. Sont alors activées des forces d’aide présentes autour de nous, lesquelles transforment harmonieusement la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Cette nouvelle vision du Yi King permet notamment de clarifier la question du pouvoir divinatoire de l’oracle. Le Yi King est divinatoire en ce sens qu’il peut effectivement prédire le caractère inévitable des « mauvaises » graines qui existent à l’état latent dans le monde invisible de la Conscience cosmique. Il nous aide à les identifier et nous invite à les supprimer avant qu’elles ne prennent forme dans le monde visible de la Nature, ce qui permet de transformer une situation problématique latente en une situation harmonieuse. C’est d’ailleurs là le sens véritable de « Yi King », qui signifie « Livre des Transformations ». Mais le Yi King n’est pas divinatoire dans le sens de fatalité, comme si tout était écrit à l’avance. Nous possédons bien un libre arbitre, que nous exerçons dans notre choix d’agir ou non sur les causes intérieures de dysharmonie.
